- Lift09
25-27 Feb 2009
Geneva, Switzerland
De l'Asie à l'Afrique, Nokia sonde les illettrés
TELEPHONIE MOBILE. A la tête d'une petite équipe d'une dizaine de personnes, Jan Chipchase, employé de Nokia, mène des enquêtes pour savoir comment vivent les personnes illettrées, et comment créer un téléphone mobile pour elles. Rencontre dans le cadre de la conférence LIFT.
Anouch Seydtaghia
Lundi 12 février 2007
«Essayez de changer la langue de votre téléphone mobile en une langue que vous ne connaissez pas, et utilisez-le pendant une journée: vous aurez ainsi un aperçu des difficultés que rencontrent les personnes illettrées.» Parmi les 60000 employés du groupe finlandais Nokia, Jan Chipchase possède un job bien à part. Basé à Tokyo, il dirige une petite cellule de la division design, qui se concentre sur les personnes illettrées. La semaine passée à Genève, dans le cadre de la conférence LIFT, Jan Chipchase a levé une petite partie du voile sur les activités de son équipe composée d'une dizaine de personnes.
Dans le cadre de ses recherches, Jan Chipchase voyage beaucoup: en Inde, en Mongolie, en Ouganda ou encore en Chine. «Depuis plusieurs années, nous effectuons des enquêtes approfondies pour savoir comment les personnes illettrées utilisent non seulement leur téléphone mobile, mais aussi des appareils qui demandent des compétences avancées, telle une moto ou la télécommande d'une télévision, explique Jan Chipchase. Car contrairement à ce que l'on croit, les personnes illettrées développent des compétences solides pour se débrouiller, même sans savoir lire.» Ainsi, l'équipe de Nokia a étudié certains téléphones publics de la province du Gujarat, en Inde. Là, les responsables de ces établissements gèrent un grand livre, qui est un carnet d'adresses sur lequel chacun des clients écrit les numéros qu'il doit appeler. Du coup, ils n'ont plus besoin d'avoir toujours sur eux des petits bouts de papier avec leurs numéros.
Reste que pour les 799 millions de personnes illettrées recensées par l'ONU, l'utilisation d'un portable s'avère très difficile. «Certaines de ces personnes sont capables de composer des numéros locaux, poursuit Jan Chipchase. Par contre, cela devient plus compliqué lorsqu'il s'agit de numéros nationaux, ou de numéros qu'elles ne connaissent pas. De plus, la grande crainte de ces personnes est d'effectuer une fausse manipulation qui aura des conséquences lourdes, comme la perte de données.»
Reste à savoir comment exploiter toutes les informations recueillies pour développer un téléphone utilisable par tous. «C'est une question très difficile, sourit Jan Chipchase. On ne peut pas créer un téléphone avec une interface uniquement composée d'icônes, car cela impliquerait l'apprentissage d'un nouveau langage. On ne peut pas non plus développer un appareil bas de gamme, car les personnes illettrées, comme nous tous, n'achèteront jamais un appareil vendu comme tel.» Jan Chipchase n'est pas très bavard lorsqu'il s'agit de parler d'applications concrètes. «Les Nokia 1100 et 1600 permettent par exemple de naviguer dans les menus de l'appareil en évitant d'effacer accidentellement des données. Ce ne sont que des premières pistes pour l'élaboration d'un nouvel appareil dans les prochaines années.» L'équipe de Jan Chipchase a émis d'autres recommandations: que chaque bouton n'ait qu'une seule fonction, que des données comme l'heure soient configurées automatiquement par le réseau, ou encore que de nombreuses actions puissent être effectuées par la voix. A suivre sur le blog de Jan Chipchase, http://www.janchipchase.com.