Pendant trois jours, LIFT08 a questionné le futur à Genève. De la nature au corps humain, en passant par l’organisation du travail, les nouvelles technologies vont tout changer. Morceaux choisis.
LUCA SABBATINI | 11 Février 2008
Il faudra s’y faire. Le futur frappe à notre porte et il annonce bien des remises en question. Une fois l’excitation retombée et le bouillonnement créatif apaisé, que reste-t-il des idées qui se sont bousculées pendant trois jours à LIFT08, conférence genevoise de portée mondiale sur les nouvelles technologies qui s’est achevée vendredi soir?
Un même thème revenait avec insistance au fil des interventions: il n’y a plus de limites. Ni au corps humain, bientôt prolongé par des implants cybernétiques, ni à l’organisation du travail, ni à la nature. Du côté des jeux, on réfléchit à une manière de coller au plus près au désir du joueur sous l’influence des réseaux sociaux tout-puissants. Voici quelques morceaux choisis parmi les communications les plus captivantes. Les vidéos sont disponibles en intégralité sur nouvo.ch.
- Le corps «étiré». Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l’Université de Reading, en Angleterre, s’est fait implanter une puce électronique dans un nerf de son bras gauche pendant trois mois, devenant ainsi le premier «cyborg» de l’histoire! Une expérience qui lui a permis de connecter son corps à l’Internet et de contrôler depuis New York une main artificielle placée en Angleterre, simplement en bougeant ses propres doigts… «Le concept même de ce qu’est un corps va devoir changer», constate Kevin Warwick. «En contrôlant avec mon cerveau une main robot sur un autre continent à travers l’Internet, je me suis étiré sur une distance de 5000 kilomètres. Ainsi connecté, le corps n’est plus limité à son enveloppe physique.»
- La fin du travail. Membres de l’agence Zentrale Intelligenz Agentur (ZIA), jeune société «socialiste capitaliste» de Berlin, Holm Friebe et Philipp Albers proposent sept règles pour aboutir à l’entreprise idéale, c’est-à-dire «hédoniste». Selon Philipp Albers, grâce aux nouveaux outils de communication, «nous assistons en ce moment à la fin du travail tel que nous le connaissons, hérité des principes rigides de la seconde révolution industrielle». Et de préconiser l’abandon du bureau, source de routine, mais aussi l’abolition de la hiérarchie — les collaborateurs prenant la responsabilité d’un projet à tour de rôle —, et l’introduction des horaires libres. A Berlin, ZIA a d’ailleurs organisé un colloque sur la révolution du travail intitulé «De 9 à 5». Qui se déroulait de 9 heures du soir à 5 heures du matin…
- «Next Nature». Designer hollandaise basée à Los Angeles, Mieke Gerritzen annonce avec un humour pince-sans-rire l’avènement d’une nouvelle ère. «Avant, la culture imitait la nature. Aujourd’hui, c’est le contraire.» A l’image de ces animaux génétiquement modifiés pour satisfaire des exigences particulières, climatiques ou esthétiques. Place donc à «Next Nature», une «prochaine nature» symbolisée par une image d’embryon tenant un téléphone portable. Glaçant!
- Les jeux qui nous aiment. Pour Robin Hunicke, créatrice entre autres de My Sims pour Electronic Arts, l’explosion des réseaux sociaux et le succès foudroyant de Facebook («le jeu le plus formidable du moment»), entraînent une nouvelle conception de l’univers vidéoludique. Où le héros n’est autre que… soi-même dans la réalité. «Que veut le joueur?», s’interroge Robin Hunicke. «Savoir qui il est, où il va. Et surtout, être aimé…