Après avoir porté sur les
évolutions technologiques,
parlé de l’avenir et des
blogs et des mondes 3D,
de la domotique et de la
robotique, de l’Asie, cette
dernière édition très
anthropologique, qui s’est
tenue du 6 au 8 février à
Genève, s’est attachée à
décrypter nos nouveaux
comportements et à évaluer
leurs répercutions.
On le sait, mais on ne le répète par-
fois pas assez, c’est sur le terrain
des idées que les entreprises peu-
vent construire de véritables avan-
tages concurrentiels. Ici, en Europe,
la bataille de la production est
presque perdue, les matières pre-
mières épuisées, nous devons donc
inventer. Le web a complètement
changé nos manières de faire des
affaires ou d’appréhender le monde
qui est autour de nous. Nous ache-
tons en fonction d’Internet, nous
recherchons nos informations et
bâtissons nos opinions sur la base
de ce que nos moteurs de recher-
che nous retournent. Internet est
devenu un média incontournable
et infl uent.Quelles seront les pro-
chaines évolutions de la Toile ? Qui,
mieux que Laurent Haug, responsa-
ble de LIFT, pour nous éclairer sur
les changements technologiques de
demain ?
– Quelles ont été les principales
étapes du dévelopement du web ?
– Autrefois contenu dans un silo,
puis tour à tour aux mains du dépar-
tement Informatique ou de commu-
nication, le web a complètement
envahi tous les pans de l’entreprise,
débordant de l’espace où l’on avait
imaginé le contenir. Depuis ces
trois dernières années, il s’est
immiscé dans notre quotidien, pas-
sant du monde des « geeks » à celui
de Monsieur Tout-le-monde. Résul-
tat : nous sommes plus effi caces
et tout semble plus simple et plus
transparent. On ne pourrait plus
s’en passer.
– Comment le web va-t-il poursuivre
son évolution ?
– Nous serons connectés partout,
tout le temps. A l’instar de ces nou-
veaux terminaux blackberry ou
iphone qui permettent via un GPS
de profi ter d’une géolocalisation,
nous allons nous ouvrir à un nom-
bre croissant de services et de pos-
sibilités. Cela ne sera pas forcément
sous la forme que l’on connaît main-
tenant, le mobile va véritablement
progresser dans les trois prochaines
années. Par exemple, Google maps
va devenir une interface prioritaire
où il sera plus important pour une
entreprise d’apparaître en premier,
plus que dans Google lui-même.
Facebook et son modèle publici-
taire vont prendre certainement une
énorme place dans le paysage inter-
net. Basé sur le vieux concept de
la vente Tupperware, qui consiste
à vendre à ses amis qui achètent
en fonction de l’estime et de la
confi ance qu’ils vous portent, Face-
book a de quoi détrôner un géant
comme Google. Cela ne tuera pas
Google ou adwords, car les gens
ont compris depuis longtemps que
l’innovation était un plus et que rien
ne supprime ce qui existait au préa-
lable, mais cela va révolutionner le
monde de la publicité.
Nous allons également vivre un
grand retour en arrière concernant
la vie privée. Les gens vont pren-
dre conscience que s’exposer sur
la Toile a un coût. Ils remettront les
pendules à l’heure. La sagesse et la
professionnalisation seront claire-
ment de mise.
Enfi n, le web sémantique, véritable
challenge pour les leaders du web
comme Microsoft, Yahoo ou Goo-
gle, va complètement changer notre
manière de chercher de l’informa-
tion et celle pour les entreprises de
se positionner sur le web. La recher-
che par mot-clé sera complètement
bouleversée par cette nouvelle
technologie capable de comprendre
le contexte dans lequel les informa-
tions sont présentées. La façon dont
fonctionnent les moteurs de recher-
che va s’en trouvée bouleversée.
– Décrit comme cela, l’avenir a l’air
idyllique, l’est-il ?
– Loin de là ! Rien n’est parfait. Il y
a aussi des mauvais côtés au web.
A l’image de l’automobile : pour s’en
servir correctement, il y a des règles,
on doit apprendre à manipuler l’en-
gin. Et ce n’est pas parce que vous
avez un permis de conduire que vous
serez forcément un bon conduc-
teur. Vous pouvez voyager, faciliter
vos déplacements mais aussi com-
mettre des infractions ou écraser
quelqu’un.
Sur internet, il faut être conscient de
ce que l’on fait. Il faut faire preuve
de bon sens, bien comprendre les
outils et les systèmes avant des les
utiliser. Les informations que vous
mettez sur Facebook sont indexées
dans Google, donc visibles. Si vous
inscrivez n’importe quoi, des person-
nes peuvent s’en servir contre vous.
Le harcèlement, le vol d’identité
existent.
Le besoin des publicitaires d’avoir
autant d’informations que possible
(pour pouvoir proposer des pubs
plus ciblées) va à l’encontre du
besoin des utilisateurs à protéger
leur intimité. Il est donc plus impor-
tant que jamais de bien comprendre
comment fonctionnent les applica-
tions que l’on utilise, savoir où va
l’information, si elle est indexée par
un moteur à mémoire ou pas, etc.
– Le consommateur est-il aussi une
cible potentielle ?
– Le consommateur est une source
de revenus, donc une cible. Bien-
tôt vous ne serez plus uniquement
recherchés que par les marques, vos
contacts gagneront de l’argent cha-
que fois que vous achèterez un pro-
duit qu’ils vous auront recommandé.
Les choses vont se compliquer gran-
dement.
– La Suisse peut-elle tirer profi t des
évolutions technologiques ?
– Le web a été découvert en Suisse
par Tim Berners Lee et a échappé
complètement aux marchés romand
et européen qui n’ont pas su en com-
prendre l’intérêt. Les technologies,
parce qu’elles changent tout, offrent
des opportunités qu’il faut savoir
détecter et saisir avant tout le monde.
Or, plus on vient tôt dans quelque
chose et plus grande est notre part
du gâteau ! Des villes européennes
comme Amsterdam ou Barcelone
ont compris qu’il leur fallait deve-
nir des incubateurs, des veilleurs
et accueillent à grands renforts de
budgets d’investissement et de stra-
tégies de communication ceux qui
feront l’économie de demain. Ici, on
a une infrastructure de qualité, il ne
reste plus qu’à se mobiliser.
– Comment ?
– Le manque n’est pas tant maté-
riel. Bien que nous manquons certes
cruellement de bureaux bons mar-
chés pour les start up, nous bénéfi -
cions d’une main d’œuvre qualifi ée,
de services publics qui fonctionnent,
de nombreux organismes de soutien
à l’innovation. Le problème est plu-
tôt dans les mentalités : il faut chan-
ger notre regard sur l’entreprenariat,
en faire quelque chose de valorisé et
de central.
Sandrine Szaboz
» www.liftlab.com/think/laurent/ « Big Brother is watching you »
LIFT est une conférence organisée chaque année autour des technologies
et de leur impact sur notre société. C’est une de ces rares occasions qui
nous est donnée d’observer l’avenir, d’analyser les tendances, d’évaluer
les opportunités. En moins de 3 ans, ce rendez-vous a su s’imposer dans
l’arène des conférences technologiques internationales. D’abord béné-
vole, l’équipe dirigée par Laurent Haug s’est, au fi l du temps, profession-
nalisée pour offrir, cette année, un programme de qualité à une audience
encore plus importante que les précédentes éditions. Signe de réussite,
c’est avec le soutien de la Confédération du canton et de la ville de Genève
qu’ils ont pu organiser cette édition 2008. Constitué à la fois de présenta-
tions spontanées organisées par les participants eux-mêmes durant 1 jour,
LIFT offre les 2e et 3e jours, deux journées de conférences uniques compo-
sées d’intervenants que l’on ne voit nul par ailleurs. Antropologues, philo-
sophes, chercheurs, entrepreneurs, LIFT est à la croisée des chemins entre
les sujets académiques et technologiques les plus pointus et le monde des
entreprises.