COURS PUBLIC - L’UNIL propose à la population de voir comment internet remet en question les rapports sociaux.
L’Université de Lausanne ne lâcherait pour rien au monde cette vieille institution qui la rapproche du peuple: chaque année, les cours publics drainent une audience nombreuse.
Ce succès doit sans doute beaucoup au choix des thèmes, toujours en phase avec les préoccupations de la société. Cette année, les quatre sessions programmées se demandent si internet est vraiment «un ami qui vous veut du bien». Parmi les intervenants figure Olivier Glassey, sociologue, spécialiste des nouvelles technologies.
– Quinze ans après l’arrivée du web, la population le maîtrise-t-elle?
– Pas encore, et ce même si la Suisse est l’un des pays les plus «connectés». Mais le monde d’internet est en évolution permanente. Ce qu’il transforme, entre autres, c’est l’accès à l’information – je pense en particulier à l’encyclopédie collaborative Wikipédia.
– Les utilisateurs ont-ils tous un même accès à l’information?
– Internet a en tout cas permis à énormément de personnes, par exemple en Afrique, d’avoir un nouvel accès au savoir. Mais beaucoup croient encore au modèle vertueux de l’encyclopédie classique. Du coup, ils peinent aussi à former les «débutants» à la prudence que doivent inspirer ces nouveaux canaux de communication. Il y a un décalage entre ce que permet la technique et l’utilisation qu’on en fait.
– On sait que les étudiants sont souvent critiqués pour accorder une trop grande confiance au contenu d’internet, voire abuser du copier-coller.
– Et ils ne sont pas les seuls! La nouveauté vient du fait que le savoir n’est plus diffusé par des canaux verticaux et «contrôlés», mais par toute personne qui estime avoir quelque chose à faire savoir. Cela dit, ce qui est édité sur papier n’a pas toujours été fiable et objectif non plus…
– Faut-il donc remettre en doute tout ce qui apparaît sur l’écran?
– La vérification des informations est faite par la communauté elle-même. Mais comment savoir si les modifications que chacun peut apporter ne sont pas de l’ordre de la propagande? On constate que certains articles sont «corrigés» à tour de bras, ce qui montre que leur contenu ne fait pas l’unanimité.
– On imagine pourtant mal une «police» du net…
– Elle est inconcevable en raison de la structure même de ce réseau. Dans le cas de Wikipédia, on commence à voir apparaître des utilisateurs qui semblent plus «qualifiés». Afficher leur réputation pourrait peut-être aider à savoir quelle confiance on peut leur accorder. Mais nous sommes encore en phase d’apprentissage. La société doit maintenant construire ses nouveaux modèles.
Cours public 2008: le mode d’emploi
Une souris d’ordinateur tenue par une main innocente montre des crocs acérés, prêts à dévorer l’internaute imprudent. Le Cours public 2008 de l’Université de Lausanne questionne les rapports ambigus que peut entretenir la société avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
MERCREDI 20 FÉVRIER C’est toute la question de l’intégrité personnelle qui sera passée au crible de Michel Alberganti (journaliste scientifique au journal Le Monde, spécialiste des puces RFID) et David-Olivier Jacquet-Chiffelle (sociologue, spécialiste en cryptologie). En cause, l’utilisation qui peut être faite des données que l’on laisse sur divers sites, et le danger que cet étalage peut représenter.
MERCREDI 27 FÉVRIER sera consacré à un volet plus sociologique et anthropologique. Stefana Broadbent (Swisscom), Farinaz Fassa Recrosio (UNIL) et Antoine Geissbuhler (HUG) débattront pour établir si les nouvelles technologies de la communication sont un pont ou un obstacle entre les individus.
MERCREDI 5 MARS La lumière sera faite sur le phénomène de l’«amour virtuel», des sites de rencontre aux relations qui peuvent naître entre des personnages fictifs de l’univers virtuel Second Life. Jacques Besson (spécialiste de l’addiction au CHUV), Pascal Lardellier (Université de Bourgogne) et Alain Monnier (écrivain) prendront la parole.
MERCREDI 12 MARS enfin, Laurent Haug (entrepreneur) et Stéphane Koch (spécialiste de la criminalité économique) donneront la réplique à Olivier Glassey (lire ci-contre) sur le thème de la fiabilité d’internet.
PRATIQUE Tous les cours, dont l’entrée est libre, ont lieu à 18 h à l’auditoire Erna Hamburger du bâtiment Amphimax de l’UNIL (quartier Sorge). Il est aussi possible de les suivre en direct à l’adresse www.unil.ch/courspublic